mardi 27 novembre 2012

Le Survivaliste: avant moi, le déluge.


A quoi doit-on s’en tenir avec la vie lorsque l’on est survivaliste ?

Il s’agirait de se conditionner au quotidien de façon à pouvoir se prémunir d’une attaque soudaine de tigre à dents de sabre ayant réapparu après une mutation de chats domestiques de la région de Fukushima, ou bien être en mesure de contrer un assaut de terroristes sino-maçonniques musulman. 

Pour ce faire, le survivaliste devra pouvoir compter sur les douves et les rangées de pieux disposés autour de son abri antiatomique stratégiquement établie sur le lieu le plus élevé à proximité du point d’eau le plus facilement atteignable. Au préalable, il prendra soin de faire son stock de cassoulet William Saurin, de le rationner, afin d’adapter au mieux son rythme de vie en fonction de la chasse qu’il devra effectuer surtout s’il est amener à évoluer en milieux urbain où la concurrence en terme de pigeon est rude vis-à-vis des tribus d’ex-cadre sup’ desormais sdf.

Le survivaliste disposera de son couteau suisse picsou-magazine de lorsqu’il s’était abonné au journal,  durant sa plus tendre enfance, avant que la société des hommes ne s’effondre, victime d’elle-même, et cela lui remémorera l’époque béni où, par exemple,  la télévision ne servait pas d’appât pour les ex-stars de téléréalité (car, en effet, l’humanité aura adopté le cannibalisme).

Son couteau suisse picsou-magazine lui servira à dépecer les dépouilles de gerbilles géantes échappées de laboratoires désaffectés afin de s’approvisionner en nourriture et confectionner un porte-jarretelle à sa femme. Les gerbilles géantes auront été abattues à l’aide d’une M249  issue d’une armurerie secrète de l’OTAN dissimulée sous l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (qui donc aura finalement été construit).

Le survivaliste sera doté d’un mental à toute épreuve, réglé en 3 fois sans frais avant la fin du monde. Chaque matin, à jeun, il effectuera deux séries de 40 pompes en guise d’échauffement avant son yoga du surhomme, en répétant son mantra de survivaliste : « je suis un sanglier sauvage, avec du cœur ».

Sa femme sera magnifique malgré les outrages des temps difficiles et leur condition contraignante. L’envie de lui faire des cochonneries ne manquera pas au survivaliste, mais au bout du cinquième enfant, du à la raréfaction des moyens de contraception, il y pensera à deux fois.

Il conservera avec particulièrement d’attention une bible, et le dvd des «  Enfoirés 2012 », la dernière année de l’ère du monde civilisé. Ces deux objets seront ses liens ultimes avec une époque tragiquement révolue où il était encore possible à un être humain d’être en paix, dès lors qu’il y avait « la grande vadrouille » une fois par an, à la Noël.

 En bref, le survivalisme est une des idées brillantes les plus en vogue qui séduisent l’homme du XXI ème siècle. Une doctrine anticipant un évènement qui prononcerait une rupture brutale avec la Civilisation et l’Histoire, et qui définit un état d’esprit ainsi qu’un mode de vie sensé garantir la survie de l’individu après le cataclysme, en reconsidérant sa position d’homme moderne au regard de la nature, et de ses lois dont nous étions affranchi et auxquelles nous seront à nouveau assujettis.

Plus précisément, l’occidental qui sent le vent de l’Histoire tourner, ni cherche ni à pisser contre ou se laisser porter par le courant, mais s’élève au dessus de la masse avec pour prophètes Mad-max, et comme apôtres Chuck Norris et MC Gyver.

 Ces références à de fameux produits audiovisuels Américains ne sont pas fortuites puisque ce mouvement semble provenir d’Amérique du nord, bien qu’il soit très largement relayé à travers le monde, contexte de crise globalisé oblige.

A l’issue des deux guerres mondiales, les crises économiques, l’expansion de la société de consommation, la guerre froide et l’essor du nucléaire, l’idée de la disparition de la société contemporaine fait flores dans les esprits du siècle dernier. L’anxiété qui en découle s’exprime dans la culture populaire à travers des ouvrages tels que « soleil vert » de Harrison, adapté au cinéma ou bien le roman de Barjavel, « Ravage », écrit en 1943.  Plus récemment le succès de « la route » de McCarthy (et du film porté par Mortensen) ainsi que du phénomène « 21/12/2012 » atteste de l’engouement autour de la question post-apocalyptique.
 
 
Rencontre avec un Survivaliste:
 
 

Le passage au XXIème siècle n’ayant apparemment rien arrangé à la question du devenir de notre clave, aujourd’hui plus que jamais il est difficile d’avoir encore confiance en notre modèle de société.

Celui-ci est actuellement remis an cause de diverses façons : par le développement du sentiment religieux et sa radicalisation, l’altermondialisme, le mouvement des indignés,  ou bien la poussée des communautarisme à l’échelle du village planétaire : nationalisme, voir extrême-droite.

Les pistes qui sont offertes aux 7 milliard d’êtres Humains pour changer leur destin sont aussi diverses que l’impression que plus rien ne va et qu’un changement s’impose est évidente.  

C’est justement ce panel idéologique issu des 6 millions d’années de cheminement de notre espèce qui pose problème : alors que bien souvent la noosphère s’accordent pour définir les problèmes prioritaires à résoudre, on trouvera toujours moyen d’entrer en conflit au sujet de la méthode.

Le survivalisme séduit en ce qu’il va au delà de ces problématiques. Il condamne à mort notre monde   et propose dès aujourd’hui de débattre sur l’essentiel au sens propre du terme, le minimum vital. Subvenir à ses besoins primaires, garantir sa sécurité et sa santé, au regard de quoi, de qui ? De la nature, qui reprendra ses droits ainsi que des fléaux engendrés par la civilisation : pollution, maladie et la cruauté du genre humain dans toute sa splendeur. Exit la question de la société, du groupe, puisque son prochain représentera un danger.

Sur le principe, l’attraction de ce mouvement est légitime et celui-ci n’est pas dénué de tout intérêt. En effet, on pourrait penser que c’est le bon sens qui le porte et qu’il puisse être enrichissant : il est vrai que l’Humanité du XXIème siècle et plus précisément l’occident souffre d’une cruelle perte de repères. Nous recentrer autour de notre rapport aux milieux naturels, ou dans un autre registre, le travail de soit, son endurcissement, pourrait nous être bénéfique.

Mais cette doctrine qui cherche à faire de chaque être humain une sorte de surhomme sonne plutôt comme une sorte de délire Hippie ayant mal tourné.

Quelque soit la façon dont nous disparaîtrons, il semble peu probable que les protagonistes de cette cultures représenterons les ultimes survivants de notre genre. Un rom, un papou, un habitant de la région de Manaus, sur les rives de l’Amazone, quelqu’un habitué à vivre en devant faire quotidiennement avec la contrainte sera plus apte à endosser ce rôle. Par ailleurs le survivalisme semble essentiellement séduire les cœurs du nord de l’hémisphère planétaire, et plus précisément l’occident, étendard de la plupart des maux qui prononceront notre fin.

L’occidental moyen est un homme à qui il a été offert de mettre le pied avant tout le monde dans le fantasme ultime de l’Humanité : évoluer hors de toutes contraintes naturelles sinon les besoins de son propre corps et du temps, dans une dimension où la nature est soit maitrisée, soit en concurrence. Il en découle les frustrations que nous connaissons et qui ont été la préoccupation principale des mouvements dits de « contre cultures » dans les années 60, 70, lorsque nous commencions à remettre en cause la société de consommation.

Le survivalisme reste, d’une certaine façon, dans cette logique de contestation puisqu’il rejette le modèle de vie que nous propose le capitalisme et si les survivalistes survivent en effet à la disparition de celui-ci, ils ne chercheront pas à le reconstruire.

Toutefois, ils ne cherchent en rien à contrer le système dans lequel ils vivent et qu’ils dénoncent, et encore moins à le détruire. Ils attendent seulement, en se projetant dans le futur.

Peut être que si les efforts fournis pour définir et entretenir ce mode de vie à venir, était fourni dans le présent pour éviter la situation catastrophique qui sonnera l’avènement de leur culture, ou du moins atténuer la portée de la catastrophe désirée, cela aiderait un peu plus les sociétés civiles occidentales du XXI siècle à dynamiser un changement de société constructif.

Le survivalisme semble n’être qu’un fantasme puéril morbide nourri par des gens désabusés au possible par leur époque, la considérant seulement comme un épisode  avant l’ère qui verra leur révélation au monde. Ce n’est pas une alternative à notre société, mais un symptôme des névroses qu’elle produit.

 

 

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